les premieres semaines disent beaucoup

Les 30 premiers jours d’un salarié : ce qu’ils révèlent sur votre entreprise

Comment intégrer un nouveau salarié ? Ce que les premières semaines révèlent de l’organisation

L’arrivée d’un nouveau salarié est souvent considérée comme une période d’adaptation.

Il faut lui présenter l’équipe, lui expliquer les outils, lui transmettre les dossiers en cours et lui laisser le temps de prendre ses marques.

Mais les premières semaines disent aussi beaucoup de choses sur l’entreprise elle-même.

Parce qu’un nouvel arrivant ne connaît ni les habitudes, ni les raccourcis, ni les personnes à appeler quand quelque chose bloque, il pose des questions que les autres ne posent plus :

« Qui valide ce sujet ? »

« Où est cette information ? »

« À qui dois-je m’adresser ? »

« Est-ce que je peux décider seul ? »

Ces questions peuvent sembler très simples.

Pourtant, elles révèlent parfois des zones de flou que les salariés plus anciens ont appris, avec le temps, à contourner.

Le nouvel arrivant n’a pas encore la carte mentale de l’entreprise

Lorsqu’on travaille depuis plusieurs années dans une entreprise, on finit par connaître naturellement son fonctionnement.

On sait à qui poser telle question.

On connaît les habitudes de certains clients.

On sait quel document utiliser, où chercher une information ou qui solliciter lorsqu’un dossier sort de l’ordinaire.

Une grande partie de cette connaissance n’est pas forcément écrite. Elle s’est construite avec l’expérience.

Le nouveau salarié, lui, arrive sans cette carte mentale.

Il découvre à la fois son poste et tout ce qui l’entoure : les interlocuteurs, les façons de travailler, les priorités, les outils, les décisions et les règles parfois implicites.

C’est pour cette raison que certaines questions reviennent beaucoup au début.

Elles ne traduisent pas forcément un manque d’autonomie.

Elles montrent souvent simplement que le fonctionnement de l’entreprise n’est pas encore suffisamment lisible pour quelqu’un qui vient d’arriver.

La bonne question devient alors moins :

« Pourquoi demande-t-il encore ? »

et davantage :

« Quel repère lui manque-t-il pour pouvoir avancer seul ? »

Une bonne intégration ne consiste pas à tout expliquer

Lorsqu’un salarié arrive, on cherche souvent à lui transmettre beaucoup d’informations en peu de temps.

Présentation de l’entreprise, outils, procédures, clients, projets en cours, règles internes, documents…

Le risque est de vouloir tout transmettre dès les premiers jours.

Or, intégrer un nouveau salarié ne consiste pas à lui faire mémoriser immédiatement tout le fonctionnement de l’entreprise.

Il s’agit d’abord de lui donner les repères nécessaires pour s’orienter et devenir progressivement autonome.

Quatre sujets sont particulièrement importants.

  1. Comprendre ce que l’on attend réellement de lui

Une fiche de poste donne un cadre.

Mais elle ne répond pas toujours aux questions du quotidien.

Quelles sont ses priorités ?

Sur quels sujets sera-t-il attendu en premier ?

Qu’est-ce qui relève clairement de son rôle ?

Qu’est-ce qui ne lui appartient pas ?

Quels résultats sont attendus après un mois, trois mois ou six mois ?

Plus ces attentes sont floues, plus le nouveau salarié aura tendance à vérifier régulièrement s’il agit correctement.

Et plus son manager ou le dirigeant devra intervenir pour le réorienter.

L’enjeu n’est donc pas seulement de lui expliquer ce qu’il doit faire, mais aussi de lui permettre de comprendre où commence et où s’arrête sa responsabilité.

  1. Comprendre avec qui il travaille réellement

Dans une organisation à projets, le travail dépasse rarement les frontières d’un seul poste.

Dans une entreprise du bâtiment, par exemple, un conducteur de travaux peut être amené à échanger avec le chantier, l’administratif, les fournisseurs, le client ou encore le bureau d’études.

Un assistant d’exploitation peut recevoir des demandes de plusieurs interlocuteurs.

Un responsable technique doit savoir dans quelles situations solliciter la direction et dans lesquelles agir directement.

Présenter l’organigramme ne suffit donc pas.

Le nouvel arrivant doit comprendre les relations de travail réelles :

  • qui lui transmet les informations nécessaires ;
  • à qui il doit transmettre les siennes ;
  • qui peut l’aider selon les sujets ;
  • avec qui il doit se coordonner ;
  • qui décide lorsqu’un sujet concerne plusieurs fonctions.

C’est souvent dans ces interfaces que commencent les premières difficultés.

  1. Savoir où trouver l’information

L’une des premières sources de perte de temps pour un nouvel arrivant est la recherche d’information.

Un document est dans un dossier partagé.

Un autre a été transmis par mail.

Certaines données sont dans un logiciel.

D’autres ne sont connues que d’une seule personne.

Au départ, le salarié demande.

C’est normal.

Mais lorsqu’il doit systématiquement passer par quelqu’un pour obtenir une information nécessaire à son travail, une dépendance commence à s’installer.

Une bonne intégration doit donc progressivement lui permettre de répondre à une question simple :

« Où puis-je trouver ce dont j’ai besoin sans dépendre systématiquement de quelqu’un ? »

Ce point est important car il ne concerne pas uniquement le nouveau salarié.

S’il est très difficile pour une nouvelle personne de retrouver une information essentielle, il est possible que les salariés plus anciens rencontrent le même problème mais aient simplement appris à le contourner.

  1. Comprendre ce qu’il peut faire sans demander

Au début, demander confirmation est normal.

Le nouveau salarié ne connaît pas encore les habitudes de l’entreprise ni les limites de son poste.

Mais cette dépendance doit progressivement diminuer.

Pour cela, quelques repères simples doivent être posés :

  • quelles situations courantes peut-il traiter seul ?
  • quand doit-il simplement informer quelqu’un ?
  • quand doit-il demander un avis ?
  • quelles décisions nécessitent réellement une validation ?

Il n’est pas nécessaire d’anticiper toutes les situations possibles.

L’objectif est simplement qu’il puisse progressivement traiter son quotidien sans devoir vérifier chacune de ses actions.

Autrement dit, l’autonomie ne se demande pas seulement au salarié. Elle se construit aussi par la clarté du cadre qui lui est donné.

 

Les questions répétées sont parfois très instructives

Un nouvel arrivant qui pose beaucoup de questions peut donner l’impression d’avoir besoin d’être fortement accompagné.

Mais certaines questions méritent d’être regardées autrement.

S’il demande régulièrement :

« Qui est responsable de ça ? »

la responsabilité n’est peut-être pas aussi claire qu’on le pense.

S’il ne sait jamais où trouver une information, celle-ci n’est peut-être pas suffisamment accessible.

S’il hésite systématiquement avant de prendre une décision, sa marge de décision n’a peut-être jamais été définie.

L’intégration devient alors une forme de test grandeur nature de la lisibilité de l’organisation.

Le nouvel arrivant voit ce que les autres ne voient parfois plus.

Trois points de passage pendant le premier mois

Il n’est pas nécessaire de construire un parcours d’intégration très lourd.

Quelques points de passage réguliers permettent déjà de sécuriser la prise de poste.

La première semaine : donner les repères essentiels

À la fin de la première semaine, le salarié devrait au minimum comprendre :

  • son rôle ;
  • ses premières priorités ;
  • ses principaux interlocuteurs ;
  • les outils indispensables ;
  • où trouver les informations essentielles.

Il ne doit pas tout maîtriser.

Il doit savoir comment s’orienter.

Après quinze jours : observer les zones de dépendance

Certaines questions commencent à revenir.

C’est précisément ce qu’il faut observer.

Sur quoi dépend-il encore systématiquement d’un collègue ?

Quelles informations sont difficiles à trouver ?

Quelles décisions n’ose-t-il pas prendre ?

Quelles consignes lui semblent contradictoires ?

Ces observations permettent à la fois d’améliorer son intégration et de repérer certains dysfonctionnements de l’organisation.

Après un mois : regarder l’autonomie réelle

Après quelques semaines, le bon indicateur n’est pas seulement la quantité de travail réalisée.

Il faut également regarder si le salarié a gagné en autonomie.

Sait-il traiter seul les situations courantes ?

Sait-il vers qui se tourner lorsque le sujet sort de son périmètre ?

Comprend-il les priorités ?

Sait-il ce qu’il peut décider ?

Si la dépendance reste forte sur les mêmes sujets, il faut comprendre pourquoi.

Un nouveau salarié n’a pas vocation à deviner le fonctionnement

Dans beaucoup d’entreprises, une partie de l’intégration repose encore sur une idée implicite :

« Il comprendra avec le temps. »

Et souvent, c’est effectivement ce qui arrive.

Le salarié observe, questionne, reproduit les habitudes et finit par trouver sa place.

Mais cette méthode a un coût.

Elle ralentit la prise de poste.

Elle sollicite davantage les collègues.

Elle augmente le risque d’erreurs ou d’incompréhensions.

Et elle peut transmettre au nouveau salarié des pratiques informelles que l’entreprise gagnerait justement à faire évoluer.

Clarifier quelques repères dès le départ permet de raccourcir cette période d’incertitude.

Après 30 jours, quatre affirmations à vérifier

Au bout du premier mois, le salarié n’a pas besoin de tout maîtriser.

En revanche, il devrait progressivement pouvoir dire :

Je sais ce que l’on attend de moi.

Je sais vers qui me tourner selon les sujets.

Je sais où trouver les informations dont j’ai besoin.

Je sais traiter seul les situations courantes de mon poste.

Si l’un de ces quatre repères reste très flou après plusieurs semaines, cela mérite d’être regardé.

Pas uniquement pour le salarié.

Parce que ce qu’une nouvelle personne ne parvient pas à comprendre peut révéler un fonctionnement qui repose encore fortement sur les habitudes, les personnes clés et la connaissance informelle.

Intégrer un nouveau salarié, c’est aussi tester la lisibilité de son organisation

Une intégration réussie ne consiste donc pas à tout transmettre dès le premier jour.

Elle consiste à rendre progressivement l’entreprise suffisamment lisible pour qu’une nouvelle personne puisse comprendre sa place, travailler avec les bons interlocuteurs, trouver l’information et prendre les décisions qui relèvent de son rôle.

C’est aussi ce qui rend cette période particulièrement intéressante pour l’entreprise.

Un nouvel arrivant pose souvent, sans le savoir, des questions très utiles :

Qui fait quoi ?

Qui décide ?

Où se trouve l’information ?

Comment passe-t-on d’une équipe à une autre ?

Ses difficultés ne sont donc pas toujours uniquement des difficultés d’intégration.

Elles peuvent être le révélateur de ce que l’organisation gagnerait elle-même à clarifier.

Si l’intégration de nouveaux collaborateurs demande systématiquement beaucoup de temps ou si les mêmes questions reviennent à chaque recrutement, il peut être utile de regarder ce que ces difficultés révèlent du fonctionnement de l’entreprise.

Quelques repères mieux définis peuvent sécuriser la prise de poste tout en réduisant la dépendance aux habitudes et aux personnes clés.