tout remonte au dirigeant

Tout remonte au dirigeant : ce que cela révèle de l’organisation

Tout remonte au dirigeant : comment mieux déléguer sans perdre le contrôle ?

« Tu peux valider ? »
« Tu préfères qu’on fasse quoi ? »
« J’ai un doute, je voulais voir avec toi avant d’avancer. »

Prises séparément, ces questions n’ont rien d’anormal. Un dirigeant est aussi là pour arbitrer, accompagner et prendre des décisions.

Le problème apparaît lorsqu’elles rythment toute la journée.

Un collaborateur attend une validation. Un manager remonte un sujet opérationnel. Un client demande une réponse que personne n’ose donner sans l’accord du dirigeant. Puis vient une dépense à autoriser, un imprévu sur un projet, une difficulté à traiter.

À la fin de la journée, beaucoup de décisions ont été prises. Mais peu de temps a réellement été consacré à piloter l’entreprise.

Et progressivement, une impression s’installe : sans le dirigeant, les choses avancent moins vite.

Quand tout remonte, ce n’est pas forcément un problème d’autonomie

Le premier réflexe peut être de penser que les équipes ne prennent pas suffisamment leurs responsabilités.

C’est parfois vrai. Mais ce n’est pas toujours la cause principale.

Dans beaucoup de PME, l’entreprise s’est construite progressivement autour de son dirigeant. Au départ, c’est logique. Il connaît les clients, les dossiers, les équipes, les risques. Il possède une grande partie de l’information et décide rapidement.

Puis l’entreprise grandit.

De nouvelles personnes arrivent. Des managers prennent davantage de responsabilités. Les projets se multiplient et l’activité devient plus complexe.

Pourtant, le fonctionnement ne change pas toujours au même rythme.

Le dirigeant reste celui qui sait, celui qui tranche et celui vers qui l’on se tourne dès qu’un doute apparaît.

Ce qui était efficace avec quelques personnes peut alors devenir un frein lorsque l’organisation se développe.

« Je leur ai pourtant dit qu’ils pouvaient décider »

Cette phrase revient souvent.

Le dirigeant pense avoir délégué. Mais de leur côté, les collaborateurs ne savent pas toujours clairement jusqu’où cette délégation va.

Dire à une équipe qu’elle peut être autonome ne suffit pas. Pour décider, elle doit connaître son périmètre, les limites à ne pas franchir et les situations qui doivent réellement remonter.

Prenons une situation simple.

Un responsable doit gérer un imprévu sur un chantier. Il connaît le problème et identifie une solution, mais celle-ci entraîne un coût supplémentaire.

-Peut-il décider seul ?

-Jusqu’à quel montant ?

-Doit-il simplement informer le dirigeant après coup ou obtenir son accord avant d’agir ?

-Et si cette décision a un impact sur le client ?

Lorsque ces limites ne sont pas clairement posées, le réflexe le plus sécurisant est souvent de demander.

Ce n’est pas nécessairement un manque d’initiative. C’est parfois simplement une manière d’éviter de prendre une décision dont personne n’a réellement défini le cadre.

Déléguer, c’est aussi déléguer une partie de la décision

Déléguer ne consiste pas seulement à confier des tâches.

C’est aussi transférer un certain niveau de décision.

Un collaborateur peut très bien être responsable d’un sujet tout en restant dépendant de son dirigeant s’il doit obtenir son accord à chaque étape.

Une délégation utile suppose donc de distinguer trois niveaux :

  • ce que la personne peut décider seule ;
  • ce qu’elle peut décider en informant ensuite ;
  • ce qui nécessite réellement une validation préalable.

Cette distinction permet d’éviter deux extrêmes : tout contrôler ou tout laisser faire.

L’objectif n’est pas que le dirigeant disparaisse de la décision. Il est qu’il intervienne là où sa décision apporte réellement de la valeur.

Toutes les décisions ne méritent pas de remonter

Un exercice simple permet souvent de prendre conscience du fonctionnement réel.

Pendant quelques jours, notez les décisions et validations qui remontent jusqu’au dirigeant.

Pas seulement les décisions importantes.

Toutes.

« On répond quoi au client ? »

« On commande ? »

« Je décale l’intervention ? »

« Je valide ce devis ? »

« Est-ce que je peux appeler directement le fournisseur ? »

« Je peux réorganiser le planning ? »

Puis regardez cette liste avec un peu de recul.

Certaines décisions relèvent clairement du dirigeant.

D’autres nécessitent peut-être simplement qu’il soit informé.

Et une troisième catégorie pourrait probablement être prise ailleurs dans l’entreprise si les règles étaient suffisamment claires.

C’est souvent plus utile que de demander de manière générale aux équipes de « prendre davantage d’initiatives ».

Les équipes ont rarement besoin qu’on leur dise seulement d’être plus autonomes. Elles ont surtout besoin de savoir sur quoi elles le sont réellement.

Le dirigeant peut aussi entretenir cette dépendance

Il faut également regarder l’autre côté de la situation.

Une organisation ne devient pas dépendante de son dirigeant uniquement parce que les équipes lui remontent trop de sujets.

Le dirigeant peut lui-même entretenir ce fonctionnement, sans forcément s’en rendre compte.

Parce qu’il connaît bien le dossier, il répond immédiatement.

Parce qu’il veut éviter une erreur, il reprend la décision.

Parce qu’il pense aller plus vite, il règle directement le problème.

À court terme, c’est effectivement efficace.

Mais lorsque cette réponse devient systématique, un message implicite s’installe progressivement : en cas de doute, mieux vaut demander au dirigeant.

Il peut alors être utile de remplacer parfois la réponse immédiate par deux questions :

« Qu’est-ce que tu proposes ? »

ou

« Qu’est-ce qui t’empêche de décider ? »

La réponse permet souvent de comprendre ce qui bloque réellement : manque d’information, manque de compétence, manque de confiance ou simplement absence de cadre.

Clarifier quelques règles plutôt que créer davantage de procédures

Il n’est pas nécessaire de formaliser toutes les situations possibles.

Quelques repères simples peuvent déjà modifier profondément le fonctionnement.

Pour certains sujets, un responsable peut par exemple décider seul jusqu’à un niveau de coût défini.

Sur certains sujets clients, il peut agir directement puis informer.

Sur d’autres, la validation de la direction reste nécessaire.

L’intérêt n’est pas de multiplier les règles.

L’intérêt est que chacun sache comment agir lorsqu’une situation se présente.

La délégation devient alors beaucoup plus concrète parce qu’elle répond à quelques questions précises :

Qui décide quoi ?
Dans quelles limites ?
À partir de quand le sujet doit-il remonter ?
Quelles informations doivent être partagées ?

Retrouver du temps pour réellement diriger

Lorsque moins de décisions opérationnelles remontent inutilement, le premier bénéfice est évident : le dirigeant récupère du temps.

Mais l’enjeu va plus loin.

-Les équipes gagnent en responsabilité.

-Les managers prennent davantage leur place.

-Les décisions peuvent être prises plus près du terrain.

Certains sujets avancent sans attendre qu’une personne soit disponible.

Et le dirigeant peut consacrer davantage d’énergie à ce qui relève réellement de son rôle : anticiper, arbitrer les priorités, accompagner les personnes clés, développer l’activité ou préparer les prochaines étapes.

Déléguer ne consiste donc pas seulement à alléger la charge du dirigeant.

C’est aussi permettre à l’organisation de fonctionner sans dépendre en permanence de lui.

Une question simple pour commencer

Si vous avez l’impression que trop de sujets remontent encore jusqu’à vous, il n’est pas nécessaire de revoir toute l’organisation immédiatement.

Commencez simplement par observer votre semaine.

Quelles décisions avez-vous prises qui auraient pu l’être sans vous ?

La réponse permet souvent d’identifier rapidement les sujets qu’il serait utile de clarifier.

Parce qu’au fond, la question n’est pas seulement :

« Est-ce que je délègue suffisamment ? »

Elle est plutôt :

« Mon organisation sait-elle clairement ce qu’elle peut décider sans moi ? »

Si de nombreuses décisions continuent à remonter jusqu’à vous, un regard extérieur peut aider à distinguer ce qui relève réellement du dirigeant de ce qui pourrait être décidé ailleurs dans l’organisation.